Pensez à une personne qui vous est chère, que vous aimez plus que tout, qui est très importante pour vous. Est-ce que vous forceriez cette personne à porter des chaussures qui ne sont pas adaptées à ses pieds et qui lui font horriblement mal sous prétexte que vous la trouvez plus « belle » comme ça, ou bien parce que vous pensez que « ça ne se fait pas de venir en basket » ou « tu ne serais pas crédible » ou « il faut respecter les codes« , ou alors parce que vous auriez carrément honte de vous présenter en société avec elle si elle avait des chaussures plates, et tout cela sans qu’elle ait son mot à dire ?

Si la réponse est « non », alors pourquoi le faire avec vous-même si vous ne feriez jamais une chose pareille à cette personne que vous aimez tant ? Pourquoi vous traiter différemment des autres ? Est-ce que vous valez moins que cette personne ? Est-ce que vous vous aimez moins que vous n’aimez les autres ?

Nos pieds sont nos meilleurs alliés, nos amis pour la vie. Nous devrions leur offrir le meilleur, comme on le fait pour tous les êtres qui nous sont chers (que ce soient des humains ou des animaux de compagnie d’ailleurs). Est-ce que vous forceriez votre chien à entrer dans un harnais trop petit ou pas adapté à son gabarit ? Est-ce que vous forceriez votre enfant à se recroqueviller pour dormir dans un lit trop petit pour lui, à dormir sur une planche de bois ou à porter des chaussures qui lui font mal et qui déforment ses pieds ? Si j’emploie le verbe « forcer », ce n’est pas un hasard. Pour moi, il est véritablement question de maltraitance. Et si j’ai une petite idée de la réponse aux questions que je viens de vous poser, je me demande encore pourquoi tant de personnes maltraitent ainsi leurs pieds en les obligeant à se recroqueviller pour s’adapter à des chaussures qui ne sont pas faites pour eux et en se résignant à ce que la société de consommation veut bien nous vendre. Nos pieds sont une partie de nous. En les maltraitant, on se maltraite soi-même.

Cet article s’adresse bien sûr aux femmes, qui ont le soi-disant « privilège » de porter des talons hauts, mais aussi aux hommes, qui enferment leurs pieds dans des mocassins à bout pointu. Au fait, qui a les pieds pointus sur cette planète ?

Avez-vous déjà fait l’expérience de dessiner le contour de votre pied sur une feuille de papier, puis de comparer sa forme à la forme de vos chaussures ? Et l’expérience de retirer la semelle intérieure de vos chaussures puis de poser votre pied nu dessus pour voir si l’intégralité de votre pied est en contact avec la semelle (ou si un ou deux orteils dépassent de la semelle) ? Cela vous donnera une bonne idée de la réponse à la question de savoir si vous maltraitez vos pieds ou non.

Aujourd’hui, quand je regarde autour de moi, je vois une grande majorité de personnes « ghoster » littéralement leurs pieds. Eh oui ! Nos pieds nous parlent, ils nous portent, ils œuvrent pour nous toute la journée. Ils sont carrément à notre service. Ils nous permettent de nous tenir debout, d’avancer ou de reculer si besoin, de nous diriger, de ressentir le sol, de courir, de sauter, d’éviter des obstacles, d’amortir une charge, de nous stabiliser, et tout cela en communiquant directement avec le cerveau grâce aux milliers de terminaisons nerveuses qu’ils contiennent. Ils nous soutiennent en supportant tout notre poids. Ils contribuent à notre équilibre, à notre proprioception et à notre bien-être. Ils nous permettent d’interagir avec le sol, sans quoi nous ne pourrions bouger ni même nous tenir droit. Et pourtant, tant de personnes ignorent complètement leurs pieds et auraient encore moins l’idée d’en prendre soin et de leur dire « merci ».

J’ai parlé très brièvement des fonctions de nos pieds sur le plan physique, mais nos pieds jouent aussi un rôle très important sur le plan énergétique. Ils sont une porte d’entrée de l’énergie et aussi un point de connexion avec la Terre. C’est sous nos pieds que se trouve le premier point du méridien du Rein, siège de notre énergie vitale selon la médecine traditionnelle chinoise. Plusieurs autres méridiens commencent où se terminent au niveau des pieds. Permettre à nos pieds de bouger librement contribue à une circulation harmonieuse de l’énergie dans tout notre corps, et donc au bon fonctionnement de nos organes (pensez à la réflexologie plantaire, qui associe chaque zone du pied à un élément de notre corps).

Les chaussures trop étroites, pointues, rigides ou à talons exercent une contrainte sur nos pieds et nos orteils car elles ne respectent pas leur forme naturelle et leur empêche toute liberté de mouvement et d’adaptation au terrain qu’ils rencontrent ou à la charge qu’ils supportent. Cela perturbe leur fonctionnement et peut entraîner des douleurs, des déformations ou des troubles de l’équilibre et de la posture. Des chaussures mal adaptées empêchent nos pieds de remplir pleinement leurs différents rôles, à savoir absorber, stabiliser, guider et communiquer.

Prendre soin de ses pieds n’est pas seulement une question de confort. C’est un acte de respect envers ces alliés silencieux mais indispensables qui nous portent toute notre vie. J’en ai pris conscience à mes dépens, puisqu’après quatre années de douleurs et de souffrance, j’ai finalement pris la décision de me faire opérer pour me faire enlever un névrome de Morton qui s’était développé pendant toutes les années au cours desquelles je n’avais pas pris soin de mes pieds. C’est cette expérience personnelle qui m’a inspiré l’écriture de cet article et qui me donne envie aujourd’hui de sensibiliser davantage le grand public à l’importance qu’il y a à prendre soin de nos pieds et à les chérir comme ce qu’on a de plus précieux.

J’ai évoqué le névrome de Morton comme l’une des pathologies physiques douloureuses pouvant découler du port de chaussures non adaptées, mais il y en a bien d’autres. Hallux valgus, orteils en griffe, hyperlordose, discopathie, tendinites, cors aux pieds, douleurs dans les genoux, les hanches et le dos, des lombaires jusqu’aux cervicales, contractures aux mollets, douleurs au tendon d’Achille, etc. Et je ne parle pas des problématiques plus profondes, par exemple au niveau des organes, que ces problèmes posturaux engendrent par le biais des fascias.

Les chaussures à bout pointu contribuent très largement au développement de l’hallux valgus, une déformation dont je ne suis pas étonnée qu’elle soit très répandue de nos jours vu la forme des chaussures qui nous est massivement imposée par la société de consommation. Les chaussures à talons, qui font porter tout le poids du corps uniquement sur les orteils et les têtes métatarsiennes, au lieu que la charge soit répartie sur l’ensemble des pieds, empêchant ainsi ces derniers de jouer leur rôle d’amortisseurs, contribuent au développement de l’hallux valgus, du névrome de Morton et de bien d’autres problèmes posturaux comme l’hyperlordose. On peut le dire : chaussures à talons, pieds en prison ! Les chaussures trop étroites sont l’une des principales causes du développement du névrome de Morton. Dans tous ces exemples, les causes peuvent bien sûr être multiples ou autres, mais je veux simplement souligner l’influence considérable de ce type de chaussures sur le développement de ces pathologies. Et honnêtement, qui a envie de vivre avec des douleurs ? Pas moi en tout cas !

Soyons clairs, il n’y a aucun bénéfice physique à porter ce type de chaussures. Mais alors pourquoi tant de personnes s’obstinent encore à en porter quitte à souffrir ? Est-ce de l’ignorance ? De l’inconscience ? Ou y a-t-il d’autres raisons ?

Je pense qu’il faut aller chercher au-delà de l’aspect physique et postural et regarder du côté de notre ego, qui s’attache aux chaussures qu’il « VEUT » porter, et non pas à celle que notre corps « PEUT » supporter. Il faut aller fouiller dans nos conditionnements. Dans l’inconscient collectif. Dans les croyances que nous entretenons. Dans nos peurs. Les conditionnements sociaux ou professionnels (porter des talons est nécessaire pour être « présentable » ou paraître « professionnelle« ), la croyance que les talons rendent plus « féminine » (ce qui est faux puisque la vraie féminité vient de ce qu’on dégage et non pas de notre démarche, surtout si on marche avec des talons comme un chien avec des chaussons !), la peur du regard des autres, d’être jugée comme étant « négligée« , « trop ordinaire » ou « pas convenable » ou la peur de ne pas être vue, et donc de se sentir rejetée, pas aimée, voire critiquée ou moquée. Peur de ne pas être « conforme » aux normes sociales, et j’en passe. Et tout ça à quel prix ?

C’est là qu’il convient de se poser la vraie question : qu’est-ce qui est le plus important pour moi ? Mon apparence aux yeux des autres ou ma santé et mon bien-être ? Répondre aux attentes de la société ou vivre libre en me respectant ? Il n’y a pas de mauvaise réponse. Juste la vôtre, et c’est la bonne réponse du moment qu’elle est assumée et que vous ne vous mentez pas à vous-même.

Et pour celles et ceux qui, comme moi, n’ont pas envie de se conformer aux dictats de la société et considèrent leur corps et leur santé comme ce qu’ils ont de plus précieux, voici comment nous pouvons prendre soin de nos pieds. La première chose, celle pour laquelle nous sommes conçus au départ, c’est de marcher pieds nus. La marche pieds nus permet à nos pieds de remplir toutes leurs fonctions, d’exploiter tout leur potentiel et d’œuvrer à notre santé et à notre bien-être. Marcher pieds nus nous permet de muscler nos pieds, de développer leur aptitude à ressentir le sol et à envoyer des informations au cerveau, et de renforcer leur capacité d’amortir la charge, de stabiliser les articulations et la posture en général, et donc de nous maintenir en équilibre. Cela leur offre aussi un véritable massage et toute liberté de mouvement. Un plaisir incomparable ! Marcher pieds nus permet aussi à tous les champs électromagnétiques présents dans notre corps de repartir dans la terre, ce qui est impossible avec une semelle qui nous isole du sol.

S’agissant des chaussures (puisque nous sommes malgré tout bien obligés d’en porter dans notre société), cela va peut-être vous faire peur mais c’était pour moi le prix à payer (ou plutôt un investissement) et une étape non négociable pour garantir la santé de mes pieds sur le long terme, à savoir que suite à mon opération, j’ai remplacé l’intégralité de mes chaussures par des chaussures dites « barefoot » (« pieds nus »), dont l’avant-pied et très large et de forme plutôt carrée (pour laisser à mes orteils et à mes pieds toute la place dont ils ont besoin pour s’étaler et remplir leur rôle), qui sont très souples (pour permettre à mon pied de bien se dérouler et ainsi participer à la mécanique naturelle de la marche, ce qui soulage les genoux et les hanches) et qui n’ont pas de talon (ce qui évite un raccourcissement de la chaîne myofasciale postérieure et tous les problèmes posturaux qui en découlent, comme l’hyperlordose).

En plus de cela, on peut se masser régulièrement la plante des pieds avec une balle pour décoller les adhérences et redonner de la souplesse aux tissus et aux muscles. Personnellement, je consulte aussi mon podologue et mon ostéopathe régulièrement pour m’assurer qu’il n’y a pas de blocages à un ou plusieurs endroits de la chaîne et que tout bouge librement. Et bien sûr, la pratique régulière du yoga depuis plusieurs années a considérablement transformé mes pieds.

Aujourd’hui, la santé de mes pieds est non négociable et je ne la sacrifierai pas au profit d’une esthétique subjective et préjudiciable. Je refuse de céder à la pression exercée par le regard des autres et aux dictats de la société, qui alimente nos peurs et nos conditionnements pour ensuite s’en servir contre nous, notre santé et notre bien-être. Et contrairement à ce que j’ai pu entendre, mes chaussures ne sont pas « bizarres », elles sont juste adaptées à la forme de mes pieds et différentes de ce que la société nous impose. Faites vos choix, libres et conscients.

Si vous souhaitez être accompagné.e dans votre pratique, retrouvez tous les détails concernant mes cours de yoga à Annecy sur les pages Mes pratiques et Cours et événements.