Quatre ans. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour en arriver à cette décision : me faire opérer du pied.
Une décision qui peut paraître anodine pour certains mais qui, pour moi, a été l’une des plus difficiles à prendre de toute ma vie. Une décision qui touche à mon corps physique certes, ce corps qui m’est si précieux, mais qui vient aussi toucher certaines de mes peurs les plus profondes. Peur de l’intrusion, peur de perdre quelque chose, peur d’abandonner une partie de moi, peur de ne pas pouvoir réparer, peur d’être immobilisée, peur que quelque chose ne soit plus jamais comme avant, peur de perdre mon intégrité physique, peur de perturber un certain équilibre, peur de subir les conséquences, peur de ne pas contrôler, peur de laisser mon corps entre les mains de quelqu’un d’autre, etc.
Après quatre années à devoir vivre et composer avec cette douleur, cette « boule de nerfs », ce « caillou dans ma chaussure » qui m’a stoppée net pendant un cours de danse. Quatre années de vagues émotionnelles, à ne plus savoir sur quel pied danser. Quatre années à osciller entre deux positions : « j’ai trop mal, je n’en peux plus », puis « finalement ça va mieux, je vais peut-être attendre encore un peu », puis « oh là là, je souffre vraiment trop, j’en ai marre », puis à nouveau « en fait, je n’ai peut-être pas tout essayé, je veux vraiment que ça soit la solution de dernier recours », puis « je souffre trop, j’en ai assez de ne pas pouvoir danser, marcher pieds nus ou porter des sandales, je vais me faire opérer », et finalement « ce n’est peut-être pas prioritaire, j’ai des choses plus importantes à régler, je ferai ça plus tard », etc. Un cycle sans fin.
Quatre années pendant lesquelles cette douleur a été la première chose à laquelle j’ai pensé en me réveillant et en me levant le matin et la dernière chose à laquelle j’ai pensé en me couchant le soir.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Car c’est à travers ces expériences-là, les expériences de la vie, que j’expérimente réellement le yoga.
Pour moi, le yoga, ce n’est pas juste des postures sur un tapis. Ce n’est pas le fait d’avoir la positive attitude du matin au soir, 365 jours par an.
Pour moi, le yoga, c’est la complétude. C’est même plus que ça. C’est accepter sa complétude. C’est accepter le fait que nous ne sommes pas que nos parts joyeuses et lumineuses. Nous ne sommes pas que positivité. Nous sommes ombre et lumière à la fois. Nous sommes le Yin et le Yang. Nous sommes toute la palette des émotions propres aux êtres humains. La colère, la frustration, la déception, la tristesse, la jalousie, le désespoir, la souffrance, etc. font partie intégrante de nous car en tant qu’êtres incarnés, c’est aussi ce que nous sommes venus expérimenter. Pourquoi ? À mon sens, peut-être pour pouvoir mieux mesurer toute la valeur des émotions opposées, comme la joie, le bonheur, l’amour, la gratitude, la béatitude, la foi, la confiance, etc. et ainsi apprécier pleinement ces émotions quand elles se présentent. Rejeter les émotions désagréables reviendrait à renier certaines parts de nous qui ont besoin de s’exprimer. Qui ont besoin d’être vues et reconnues. Qui ont besoin d’entendre qu’elles ont le droit d’exister. Et surtout, qui ont quelque chose à nous dire et donc une vraie raison d’être.
C’est comme si toutes les fois où j’avais repoussé cette opération, j’avais renié la part de moi qui souffre. Comme si je ne voulais pas admettre qu’elle était là pour une bonne raison. Pourtant j’y ai cru ! J’ai cru que je pouvais la faire partir avec du temps et de la patience. J’ai voulu tout essayer. Mais je crois qu’elle voulait m’amener vers autre chose. Vers une épreuve plus grande et plus difficile. Une qui me permettrait de me transformer plus en profondeur en surmontant de grandes peurs et en libérant des mémoires bien ancrées dans mes cellules.
Je n’ai pas encore décodé le message précis que cette douleur a voulu me transmettre, mais j’ai tout de même le sentiment qu’il s’agit de libérer quelque chose. Peut-être de libérer toute la colère qu’il y a dans mes « racines », ou peut-être un boulet qui m’empêche d’avancer. Ou peut-être pas. Je n’ai pas encore la réponse.
Ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, je dois le faire. Je décide de le faire. Cette opération est clairement apparue comme une priorité et elle a un sens. Aujourd’hui, j’accepte qu’il y ait une part de moi qui souffre et qui demande à se libérer. Aujourd’hui, je décide de la libérer et j’accepte de me faire aider. Aujourd’hui, j’accepte de laisser partir une partie de moi pour accueillir le renouveau. J’accepte d’avoir peur. Et j’accepte de ne pas connaître la suite de l’histoire. (Oh my God, oh my God, oh my God !!!!!!)
Pour moi, c’est ça le yoga. C’est accepter. C’est s’accepter dans son entièreté (le pack complet peurs + émotions en tout genre !). C’est accepter de ne pas comprendre. C’est accepter de ne pas toujours tout contrôler. Et quand le courant devient trop fort, c’est accepter de lâcher prise pour suivre le flow de la vie avec confiance. (Même Mike Horn ne nage pas à contre-courant haha !)
Et c’est aussi accepter de ne pas réussir à accepter… pour l’instant. De ne pas avoir la force ou le courage. Et des fois où je n’ai pas réussi, ou c’était trop dur d’accepter, il y en a eu un paquet !
Et puis je me suis dit : Et si cette opération venait en fait rétablir un équilibre déjà perturbé ? Et si je décidais de la voir comme un acte qui répare plutôt que comme un acte qui abîme le corps ? Comme une libération et un soulagement plutôt que comme une contrainte ? Comme une chance plutôt que comme une fatalité ?
Choisir plutôt que subir.
RDV pris en octobre pour la grande aventure.
Si vous souhaitez être accompagné.e dans votre pratique, retrouvez tous les détails concernant mes cours de yoga à Annecy sur les pages Mes pratiques et Cours et événements.
